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La presse en parle - Finale de Marseille - 17/06/2014

Cinq petites victoires de la solidarité

Première édition des Trophées Caractères, qui récompensent des initiatives solidaires en entreprise et seront remis ce 19 juin, à Marseille.

Une mère de famille menacée de perdre son emploi lutte contre la rapacité de ses collègues. Ils doivent choisir entre son licenciement ou la perte de leur prime de 1000 euros. Elle a peu de temps pour les convaincre de faire le bon geste… Qui a vu «Deux jours, une nuit» reconnaît l’argument du dernier film des frères Dardenne où Marion Cotillard crève l’écran dans le rôle de l’employée en danger. Comme toujours, les deux Liégeois ont puisé dans la vie ordinaire. De ces tensions entre solidarité et égoïsme, les temps de crise foisonnent, avec parfois un happy end. Ce sont ces petites victoires que racontent les dix-neuf histoires — vraies — sélectionnées en partenariat avec Libération pour la première édition des Trophées Caractères organisée par les mutuelles Solimut qui récompensent des initiatives solidaires en entreprise et seront remis ce 19 juin, à Marseille.

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Synopsis de cinq d’entre elles. Qui sait, on croisera peut-être l’un(e) de ses protagonistes, un jour, sur les marches du Festival de Cannes ?

LE TEMPS DES AUTRES
Hiver 2010. Christophe, opérateur de production chez Badoit, reprend le boulot après plusieurs mois d’arrêt. Il est bien présent au travail, mais il a l’esprit ailleurs. Son fils de 4 ans a un cancer du foie. Il aimerait être auprès de lui. Des collègues, surpris de le voir parmi eux, l’entourent, cherchent une solution: «L’un d’eux m’a proposé de demander à tous les salariés de me céder des jours de RTT. Il avait entendu parler d’une initiative similaire vers Clermont-Ferrand». La direction accepte le principe de cet arrangement qui ne lui coûte guère. Quelques jours plus tard, Christophe bénéficie de 140 jours de RTT pour rester près de son fils qu’il va bientôt perdre. Depuis, il est revenu au travail, chez Badoit, et son fils a rejoint l’autre monde. Mais le combat continue. Avec l’aide de ses collègues, il a crée une association, «D’un papillon à une étoile», qui milite pour donner un cadre légal à ce genre de don. Cette initiative a fait causer jusqu’aux plus hautes sphères de la République. En mai, le Sénat a adopté en commission une proposition de loi qui permet à un salarié d’offrir des jours de repos à un collègue dont l’enfant est gravement malade.

CURRICULUM VITAL
A première vue, la fin de l’histoire ressemble à beaucoup d’autres. Février 2013, Sacfom, une centrale d’achats spécialisée dans les fournitures de bureaux en France et en Belgique, met la clé sous la porte. 109 employés se retrouvent au chômage. Beaucoup n’ont jamais travaillé qu’à la Sacfom. Et n’ont aucune idée de la façon d’en chercher. Olivier et Pascale décident prendre les choses en mains pour ne pas laisser leurs camarades dans la nature. Ils créent un site internet sur lequel ils postent plus de 50 CV d’anciens salariés afin de leur permettre d’augmenter leurs chances de retrouver un emploi. «C’est dans une optique de motivation commune que nous avons décidé de créer ce site», dit Olivier. Pas de miracle, aujourd’hui, seule une petite poignée de salariés a retrouvé un emploi. Mais l’espoir fait vivre et le site donne l’espoir à chacun de ne pas se retrouver seul face au chômage.

LA RUE EST À NOUS
Marseille, printemps 2013. Comme le reste de l’Hexagone, la cité phocéenne est en crise: chômage, inégalités, exclusions. C’est la crise ici comme dans la reste de la France. Cyril, réalisateur dans le cinéma, se retrousse les manches et décide de lancer «Cvstreet» avec des demandeurs d’emplois. Le principe est original, simple et efficace. Action en plusieurs phase. En amont, il a joué au coach en animant, avec des professionnels de l’emploi, des ateliers pour les chômeurs: comment rédiger son CV, comment créer son entreprise, s’exprimer en public, affiner ses compétences. Ensuite, il colle un peu partout dans la ville les CV des postulants. Il se lance tel un publicitaire. L’action est modeste, mais efficace. Cinq personnes sur les six qui ont postulé avec leurs CV affichés dans toutes les rues de Marseille sont en poste aujourd’hui. Cyril souhaite que son action «favorise la responsabilisation personnelle face au chômage, vulgarise une sociologie de l’entraide et devienne une œuvre collective, ouverte, déclinable.» Et il ne compte pas en rester là. Cette année, il accompagne des jeunes des quartiers nord de la ville où le chômage atteint des sommets.

FAC FATALE
A la rentrée 2012, Christian fait ses premières armes sur les bancs de la Fac Pascal-Paoli à Corte. Il prend ses marques, se fait des potes et rejoint l’association A iuti-studientinu en décembre 2013. L’objectif du groupe ? Venir en aide aux étudiants en situation de précarité. «On distribue gratuitement de la nourriture du lundi au vendredi ; des produits de première nécessité tels que des couettes, des radiateurs, des réchauds pour cuisiner, de la vaisselle dont nous ne tirons aucun bénéfice financier.» Aujourd’hui trésorier de l’association, Christian s’inquiète de la situation qui se dégrade au fil des mois: «Je n’accepte pas qu’en 2014, on puisse trouver des étudiants qui dorment dans leur voiture, sautent des repas et comptent le moindre centime pour se nourrir le lendemain.» Rien de nouveau sous le soleil. Christian et ses amis en sont conscients. Leur objectif est de gagner en popularité pour aider le plus grand nombre d’étudiants. Aujourd’hui, les connexions avec les différentes associations présentes sur le campus — le CROUS et les syndicats — fonctionnent mais les besoins de relais et d’aides au niveau régional se font toujours sentir.

LA VIE APRÈS LA MORT
Les films commencent souvent dans la douleur. Un lundi d’hiver en 2001, Odile, employée de TransTec, une petite entreprise de quatre personnes, revient au bureau après des vacances au Canada, puis écoute la messagerie: «Odile, le patron est mort d’une crise d’asthme samedi soir…» Tout s’enchaîne. Réunion de crise avec une seule question : continuer sans le patron ou s’arrêter ? Autour de la table: Akim (ingénieur), Alexandre (le fils du patron), Stéphane (opérateur) et Odile (gestion, comptabilité, la doyenne de la boite). «On s’et redistribué le poste du patron et on a crééun poste de travail pour Alexandre. Il devait prendre la place de son père. On a défini les tâches de chacun, oralement.» Mais une succession, ce n’est pas si simple. «Il a fallu plus de trois ans, ensuite, pour trouver la bonne organisation, se souvient Odile. J’avais tendance à vouloir gérer la technique alors que ce n’est pas mon domaine. J’étais stressée avec la peur ne pas y arriver. Après maintes discussions, Akim a reconfiguré le poste de chaque salarié et imprimé un organigramme. A chaque moment d’égarement, il suffit de le lire ou de le relire.» Aujourd’hui, le quatuor est accordé. Parfois, les films se terminent bien.

Rachid LAÏRECHE

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